Décès: Les 6 infos insolites à connaître.
En cette semaine du 1er avril, j’ai voulu me lancer un défi : identifier 6 faits insolites sur les décès. Amis de la curiosité, vous ne serez pas déçus ! Dans cet article insolite, tous les résultats proviennent de données INSEE agrégées et triturées. Les puristes des statistiques vont me détester, car mon objectif est d’apporter des réponses simples à des questions simples.
-1- Quel est le jour le plus mortel de la semaine ?
Sur les 7 jours de la semaine, a priori, il n’y en a pas un plus fatal que les autres. Mais si on se penche sur le sujet, on remarque que le jour le plus mortel, c’est le mardi ! En effet, il y a moins de décès le weekend, peut-être du fait qu’il y a moins d’interventions médicales, moins d’accidents, que les gens sont plus raisonnables (j’en doute un peu cependant…) ou pour d’autres raisons. En tous les cas, le dimanche est le jour le moins fatal en France. Même si les écarts semblent peu significatifs, ils ne sont pas neutres, puisque la base de données (2018-2023) regroupe plus de 3,8 millions de décès. Ainsi, en valeur absolue, il y a eu 543 602 décès le dimanche, à comparer à 569 050 décès le mardi.
-2- Y a-t-il une saison plus mortelle que les autres ?
La phrase “il ne passera pas l’hiver” est un dicton confirmé par les faits : le pourcentage des décès en hiver est nettement plus important. Plus précisément, on devrait dire : “il ne passera pas la fin de l’hiver”. L’écart est compensé par l’été où, pour le coup, le nombre de décès est nettement plus faible. Cela détruit définitivement le mythe de la canicule et des chaleurs qui génèrent de nombreux décès. Depuis la canicule mémorable d’août 2023, l’été est une saison moins fatale, et de loin !
-3- Y a-t-il un mois plus mortel que les autres ?
C’est très clair : le mois de janvier est celui qui connaît la plus forte mortalité, loin devant tous les autres mois. Le fait qu’il compte 31 jours y contribue aussi. Globalement, les écarts mensuels sont très importants : en moyenne, on a comptabilisé 280 423 décès en juin, contre 438 763 en janvier.
-4- La mortalité augmente-t-elle significativement pendant la pleine lune ?
Je me suis attaqué au grand mythe de la lune, à l’idée que la pleine lune serait fatale. Pour effectuer cette analyse, j’ai indiqué dans quelle phase était la lune pour chaque jour de la base. Pour mémoire, voici les 8 phases de la lune : nouvelle lune, premier croissant, premier quartier, lune gibbeuse croissante, pleine lune, lune gibbeuse décroissante, dernier quartier, dernier croissant (source : https://www.pleine-lune.org/phases-de-la-lune).
Sources https://www.pleine-lune.org/phases-de-la-lune
Après avoir indiqué pour chaque jour la phase de la lune correspondante, j’ai comptabilisé le nombre de décès par phase.
Il faut croire que les Français ne sont pas très sensibles à la pleine lune : il n’y a rien de particulier à noter durant cette phase. Je ne vous cache pas que j’étais un peu déçu, même j’ai toujours été très dubitatif sur ce sujet.
-5- À quel âge meurt-on le plus ??
Habituellement, on parle d’espérance de vie (80 ans pour les hommes et 85,7 ans pour les femmes en 2023, selon l’INSEE). Selon les bases étudiées, on peut facilement calculer l’âge moyen des décès par sexe. Mais le sujet est plus complexe qu’il n’y paraît : depuis plus d’un siècle, l’espérance de vie et l’âge moyen des décès ont connu une croissance constante, laissant espérer une progression quasiment infinie. Les experts du sujet avaient des opinions différentes à ce sujet. Mais le Covid a remis en question cette tendance : après 2020, l’augmentation n’est plus si affirmée. Le système de santé a connu un choc très important, et on pourrait penser que nous avons atteint un plafond. Attendons de voir 2024 ! Le graphique montre aussi un écart entre l’espérance de vie et l’âge moyen des décès d’environ 3 ans.
Mais revenons à notre question : l’âge le plus fréquent pour décéder.
Pour les hommes, l’âge le plus fréquent est 88 ans, et 91 ans pour les femmes ! À 85 ans, il y a autant de décès d’hommes que de femmes, en moyenne. En observant que l’écart est nettement moins important entre les hommes et les femmes (3 ans versus près de 6 ans pour l’espérance de vie), on prend conscience que la moyenne a ses limites dans l’analyse. Après l’âge de 88 ans pour les hommes et 91 pour les femmes, la baisse du nombre de décès devient très importante, ce qui est logique vu l’âge atteint.
-6- Y a-t-il une probabilité plus élevée de mourir le jour de son propre anniversaire ?
Une étude suisse de 2012 laisse entendre qu’il y a 14 % de chances de plus de décéder le jour de son anniversaire (voir l’article de Slate ou du Point). Sans mener une analyse aussi complète et sur une période aussi vaste que cette étude, je me suis contenté de calculer la différence (en nombre de jours) entre la date de décès et l’anniversaire du défunt.
Pour comprendre le graphique, il faut se rappeler que le jour de l’anniversaire tombe 365 jours après la date de l’anniversaire (sauf pour les années bissextiles : pour plus de simplicité, j’ai retiré les données). Ce graphique est peu complexe à lire, je vous l’accorde, mais il faut insérer les 365 jours (en abscisse) : regardez la ligne rouge tout à droite, elle correspond au jour anniversaire. J’ai réduit aussi l’échelle (en ordonnée) entre 10 000 et 11 000 décès, pour bien identifier les écarts.
Sommes-nous différents des Suisses ? Sommes-nous moins marqués par notre anniversaire que nos voisins helvétiques ? Sur les données 2018-2023, le nombre de décès est légèrement plus important le jour de l’anniversaire (10 842 : c’est la colonne en rouge), mais quasiment autant que le 126 jours après l’anniversaire. Bref, sans faire des calculs complexes, on observe que le nombre de décès varie, mais que l’écart est très léger.
J’ai aussi cherché des personnalités ayant connu cette situation. Une liste se trouve sur le site Wikipedia (liste de personnalités décédées le jour de leur anniversaire). Parmi ceux qui ont retenu mon attention : Léon Zitrone, le peintre Raphaël, Dick Rivers (qui génère le plus d’articles à ce sujet) ou le musicien Sidney Bechet.
Conclusion
Parmi toutes ces statistiques du 1er avril, il ressort que seul le dicton “il ne passera pas l’hiver” semble fondé sur une certaine réalité. Les liens entre les décès et la lune ou la date d’anniversaire du défunt semblent plus anecdotiques, voire fantaisistes. Il faudra continuer à suivre les tendances de l’âge moyen de décès à l’avenir pour observer les évolutions. Mais je me suis bien amusé à triturer les données pour répondre à ces questions insolites !